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Soutenir Israë l : s’il tombe, nous tombons tous
Jose-Maria Aznar, ancien premier ministre espagnol, publie une opinion dans le « Times  » britannique aujourd’hui. | adaptation en Français par A.C.
Article mis en ligne le 18 juin 2010

« La colère au sujet de Gaza est un leurre. Nous ne pouvons pas oublier qu’Israë l est le meilleur allié de l’Occident dans une région agitée.
Pendant trop longtemps en Europe, il n’a pas été àla mode de prendre la parole en faveur d’Israë l. Dans la foulée de l’incident survenu récemment àbord d’un bateau rempli de militants anti-israéliens en Méditerranée, il est difficile de penser àune cause plus impopulaire àpromouvoir.

Dans un monde idéal, l’assaut par des commandos israéliens sur le Mavi Marmara n’aurait pas fini avec neuf morts et une vingtaine blessés. Dans un monde idéal, les soldats auraient été accueillis avec calme sur le navire. Dans un monde idéal, aucun Etat, encore moins un allié récent d’Israë l comme la Turquie, n’aurait parrainé et organisé une flottille dont le seul but était de créer une situation impossible pour Israë l : le choix entre renoncer àsa politique de sécurité et le blocus maritime, ou risquer la colère du monde.

Dans nos rapports avec Israë l, il faut faire abstraction des bouffées de colère qui trop souvent obscurcissent notre jugement. Une approche raisonnable et équilibrée doit intégrer les réalités suivantes : premièrement, l’Etat d’Israë l a été créé par une décision de l’ONU. Sa légitimité, dès lors, ne devrait pas être remise en cause. Israë l est une nation où la démocratie est profondément enracinée dans les institutions. Il s’agit d’une société dynamique et ouverte qui, àplusieurs reprises, a excellé dans la culture, la science et la technologie.
Deuxièmement, en raison de ses racines, son histoire et ses valeurs, Israë l est une nation occidentale àpart entière. En fait, c’est une nation aux normes occidentales, mais confrontée àdes circonstances hors normes.

Fait unique en Occident, elle est la seule démocratie dont l’existence a été contestée depuis sa création. Dans un premier temps, elle a été attaquée par des voisins utilisant des armes de guerre conventionnelles. Ensuite, elle a fait face au terrorisme culminant de vague en vague d’attentats suicide. Maintenant, àla demande des islamistes radicaux et leurs sympathisants, elle fait face àune campagne de délégitimation àtravers le droit international et la diplomatie.

Soixante-deux ans après sa création, Israë l se bat toujours pour sa survie. Punie par une pluie de missiles au nord et au sud, menacée de destruction par un Iran visant àacquérir des armes nucléaires et pressés par ses amis et ses ennemis, Israë l, semble bien ne jamais avoir connu un moment de paix.

Pendant des années, l’attention de l’Occident s’est tout naturellement portée sur le processus de paix entre Israéliens et Palestiniens. Mais si Israë l est en danger aujourd’hui et que toute la région glisse vers un avenir inquiétant, ce n’est pas en raison de l’absence d’accord entre les parties sur la façon de résoudre ce conflit. Les paramètres d’un éventuel accord de paix sont clairs, malgré la difficulté que les deux parties peuvent ressentir àconsentir l’effort final en vue d’un règlement.

Les véritables menaces pour la stabilité régionale se trouvent dans la montée d’un islamisme radical qui voit la destruction d’Israë l comme l’accomplissement de son destin religieux et, en même temps dans le cas de l’Iran, comme l’expression de ses ambitions d’hégémonie régionale. Les deux phénomènes sont des menaces qui affectent non seulement Israë l, mais aussi l’ensemble de l’Occident et le monde entier.

Le cÅ“ur du problème réside dans la manière ambiguë et souvent erronée par laquelle trop de pays occidentaux réagissent àcette situation. Il est facile de blâmer Israë l de tous les maux au Moyen-Orient. Certains agissent même et parlent comme si une entente avec le monde musulman pouvait être réalisée si seulement nous étions prêts àsacrifier l’État juif sur un autel. Ce serait de la folie.

Israë l est notre première ligne de défense dans une région turbulente qui est risque constamment de sombrer dans le chaos, une région vitale pour notre sécurité énergétique en raison de notre dépendance excessive du pétrole en provenance du Moyen Orient, une région qui forme la ligne de front dans la lutte contre l’extrémisme . Si Israë l tombe, nous tombons tous.

La défense du droit d’Israë l àexister en paix, dans des frontières sà»res, exige un degré de clarté morale et stratégique qui trop souvent semble avoir disparu en Europe. Les États-Unis montrent des signes inquiétants d’une position qui va dans le même sens.

L’Occident traverse une période de confusion sur la forme que prendra notre monde àl’avenir. Dans une grande mesure, cette confusion est provoquée par une sorte de masochisme qui met en doute notre propre identité ; par la règle du politiquement correct ; par un multiculturalisme qui nous met àgenoux devant d’autres ; et par une laïcité qui, ironie du sort , nous aveugle, même lorsque nous sommes confrontés àdes jihadistes qui incarnent la promotion la plus fanatique de leur foi. Abandonner Israë l àson sort, en ce moment parmi tous les autres, ne servirait qu’àillustrer jusqu’où nous avons sombré et comme notre déclin apparaît maintenant inexorable.

On ne peut laisser cela se produire. Motivé par le besoin de reconstruire nos propres valeurs occidentales, exprimant ma profonde inquiétude au sujet de la vague d’agression contre Israë l, et conscient que la force d’Israë l est notre force et la faiblesse d’Israë l est notre faiblesse, j’ai décidé de promouvoir une nouvelle initiative des Amis d’Israë l avec l’aide de quelques personnalités, dont David Trimble, Andrew Roberts, John Bolton, Alejandro Toledo (ancien président du Pérou), Marcello Pera (philosophe et ancien président du Sénat italien), Fiamma Nirenstein (auteur et personnalité politique italienne), le financier Robert Agostinelli et l’intellectuel catholique George Weigel.

Notre intention n’est pas de défendre une politique spécifique ou un gouvernement israélien en particulier. Il est certain que les auteurs de cette initiative pourront parfois être en désaccord avec des décisions prises par Jérusalem. Nous sommes des démocrates, et nous croyons en la diversité.

Ce qui nous lie, toutefois, est notre soutien indéfectible au droit d’Israë l d’exister et de se défendre. Pour les pays occidentaux qui se mettent aux côtés de ceux qui remettent en question la légitimité d’Israë l, pour ceux qui se livrent àdes jeux dans les instances internationales sur des questions essentielles liées àla sécurité d’Israë l, pour ceux qui apaisent ceux qui s’opposent aux valeurs occidentales plutôt que de se dresser avec force pour la défense de ces valeurs, ce n’est pas seulement une grave erreur morale, mais une erreur stratégique de première ordre.

Israë l est une partie fondamentale de l’Occident. L’Occident est ce qu’il est grâce àses racines judéo-chrétiennes. Si la composante juive de ces racines est reniée et Israë l est perdu, alors nous sommes perdus aussi. Que cela nous plaise ou non, nos destins sont inextricablement liés.  »

José María Aznar a été Premier ministre d’Espagne, 1996-2004

http://www.thetimes.co.uk/tto/opinion/columnists/article2559280.ece
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