Bandeau
DESINFOS.COM
Slogan du site

Depuis Septembre 2000, DESINFOS.com est libre d’accès et gratuit
pour vous donner une véritable information indépendante sur Israël

Obama est-il en train de mettre fin à60 ans de domination américaine au Moyen-Orient ?
Par Marc Brzustowski pour lessakele et aschkel.info
Article mis en ligne le 17 mai 2010

C’est la question que se pose Michaë l Young dans le Daily Star libanais, ce jeudi 13 mai. Si l’on tient compte du manque de cohérence de la politique d’Obama pour cette région, partout où se manifestent de graves vulnérabilités, tout porte àle croire. Pour leur part, les acteurs régionaux font preuve de bien plus de dynamisme que Washington pour en tirer toutes les conséquences et s’y préparer.
Mais, il en existe une autre, bien plus amère pour Obama qui aura tout fait pour l’éviter : àsuivre la pente actuelle, il se pourrait bien que l’Amérique soit entraînée, àson corps défendant, dans une guerre directe avec l’Iran, que l’actuel président aura, àtoutes forces, tenté d’empêcher.

Le système de gouvernement arabe, tel que nous l’avons connu, pourrait bien, d’ici là, être entré dans une phase de détérioration irréversible. La plupart des régimes arabes sont vieillissants. Ils ont perdu le peu de légitimité qu’il leur restait en renforçant l’autoritarisme qui les caractérise. Ils ont offert si peu àleurs populations croissantes et àleurs jeunes générations, en matière de contrat social, d’opportunités de s’élever vers des conditions de vie enviables et décentes. La stagnation prévaut partout ; l’influence économique et culturelle est dévolue aux états périphériques non-arabes : la Turquie, Israë l et l’Iran.

Cet état de fait aura des conséquences néfastes aux Etats-Unis, dont la prédominance dans la région repose sur les régimes arabes sur le déclin. Les alliés américains de longue date, comme l’Arabie Saoudite, l’Egypte et la Jordanie, sont plus affaiblis que jamais. Au même moment, l’Administration Obama est en proie au repli psychologique àtravers tout le Moyen-Orient. Ceci est dà» au fait, parmi de nombreux facteurs, que les Etats-Unis ne peuvent plus se permettre de contrôler financièrement le vaste empire autrefois àleur disposition.

Partout, on observe un Iran qui défie outrageusement l’Amérique. Prenons l’Irak, que les Américains étaient péniblement parvenus àstabiliser, en 2008. L’obsession tenace d’Obama est de s’en retirer. Ceci interdit àWashington le territoire nécessaire àcontenir la poussée iranienne. Ce retrait l’empêche également d’exercer aucun pouvoir réel sur la Syrie et de permettre, en contre-partie, l’extension de l’influence saoudienne.

Les résultats des élections irakiennes ont, pourtant, offert l’opportunité de développer une relation stratégique avec l’Irak : elle consistait àfaire barrage àl’influence iranienne. Les affidées de l’Iran ont perdu du terrain, contrairement aux blocs dirigés par Allawi et al-Maliki. Plutôt que de tenter d’imposer un compromis entre les deux hommes, pour stabiliser la relation entre Sunnites et Chi’ites, et renforcer les relations stratégiques entre Washington et Bagdad, Obama a préféré ne rien faire. L’Iran y a vu une ouverture et contribue activement àl’avènement d’un gouvernement dirigé par les Chi’ites qui sera éminemment favorable àses intérêts.

Ce refus américain de développer une zone de sécurité irakienne pour contenir l’Iran aura pour conséquence le reflux des états faibles du Golfe face àl’extension de la République islamique. Téhéran n’envisage pas que ces états pétroliers puissent constituer le moindre obstacle àses visées hégémoniques. Et ce tableau sera complet, le jour où les Mollahs disposeront de la bombe. D’autant que leurs réseaux chi’ites dans chacun de ses pays sont aisés àmobiliser. On l’a vu récemment, au Yémen, àtitre d’avertissement, tombé dans l’oreille d’un sourd.

Tout accord israélo-palestinien arraché au finish ne pourra avoir qu’un impact très limité sur le véritable terrain de rivalité américano-iranienne : dans le Golfe et en Irak. Tout comme le Liban, les Palestiniens ne sont qu’un outil de plus employé par l’Iran pour détourner l’attention de ses objectifs vitaux : imposer sa suprématie dans le Golfe. Le projet iranien est de saper progressivement l’influence américaine au Moyen-Orient, àtravers une suite de tensions de faible importance en elles-mêmes. Le Hezbollah et le Hamas agissent de façon àabsorber les chocs pour l’Iran, pendant que Téhéran développe ses capacités nucléaires qui serviront essentiellement àaffirmer son hégémonie régionale.

Ce qui nous amène àenvisager la présence américaine, accrochée àl’épave que constitue, pour elle, l’Afghanistan. Obama s’y est enfermé dans un étau. Il a assuré qu’il en sonnerait la retraite en 2011. S’il perdait les élections de mi-mandat en novembre, il y a fort àparier qu’il commencera àréaliser son projet bien avant les futures élections présidentielles de 2012, àmoins de constater une amélioration radicale de la position des troupes qui y sont stationnées. Mais, c’est peu probable. Actuellement, l’Amérique doit combattre, tout en cherchant àamener ses deux alliés, Amid Karzaï et le Pakistan, àun terrain d’entente. Or, le Pakistan n’a pas vraiment le désir de voir Washington triompher, préférant nettement imposer ànouveau son emprise sur l’Afghanistan, directement ou par Talibans interposés.

Ce sont làd’excellentes nouvelles pour Téhéran. L’Administration Obama, prise au piège en Afghanistan, rend plus probable d’autres retraits américains au Moyen-Orient. Si Obama décidait, l’an prochain qu’il est temps de rentrer, les conséquences, pour l’idée que l’Amérique se fait d’elle-même, autant que dans la façon dont le monde voit les Etats-Unis, pourraient être terribles. Et si, àla même période, l’Iran utilise cette fenêtre d’opportunité pour finaliser son programme nucléaire, alors Obama aura-t-il présidé deux retraites majeures, pendant que l’Iran devenait une puissance de première importance dans la région…

Il reste alors un autre scénario disponible : Obama peut encore réaliser qu’il se trouve aujourd’hui coincé dans ses cordes par Téhéran. Et qu’il ne lui reste qu’une seule possibilité pour en sortir : utiliser sa puissance militaire. Après avoir cédé du terrain en Irak, en Afghanistan, n’avoir rien apporté de probant dans le conflit israélo-arabe, avoir vu se marginaliser ses principaux alliés arabes, constatant amèrement tout ce qui en résulte, le Président peut finalement décider que trop c’est trop. Et entrer dans cette guerre qu’il aura tant fait pour empêcher. Quoi qu’il arrive, les choix si peu perspicaces qu’Obama opère actuellement, le poussent exactement dans la direction qui l’épouvante le plus aujourd’hui…