Bandeau
DESINFOS.COM
Slogan du site

Depuis Septembre 2000, DESINFOS.com est libre d’accès et gratuit
pour vous donner une véritable information indépendante sur Israël

Judaïsme et laïcité : débattons intelligemment !
Débat du Yerouchalmi sur les idées du grand laïciste juif, Izio Rosenman
Article mis en ligne le 6 mai 2010

Voici quelques questions que pose le judaïsme sur la façon dont se perpétue l’identité culturelle de l’individu. Comment s’effectue la filiation àtravers son lien institué au groupe, àtravers les mutations de l’identité juive, àson lien très particulier aux rites, aux textes anciens, et àl’histoire, dans les mouvements de sécularisation auxquels nous assistons.
Analyse fine d’un laïciste & réponses du Yerouchalmi (en NDLR)

Premiers juifs laïcs au 17ème siècle

Quelques personnalités qui ont voulu se démarquer de la dimension institutionnalisée du judaïsme sans pour autant rompre avec leur communauté et qui illustrent bien les difficultés d’un judaïsme laïque le rejet qu’il provoque. Excommuniés de la Communauté juive d’Amsterdam : Spinoza qui rejette la religion au profit d’un panthéisme ; de Prado, médecin /philosophe qui remet en question la théologie juive au profit du rationalisme. Qui se suicide suite àson exclusion et malgré ses repentirs, Da Costa, autre intellectuel juif qui rejette la valeur sacrée de la tradition orale. Voici donc des Juifs qui refusent de couper avec la Communauté et qui pourtant, refusent ses croyances et ses commandements !

A cette époque le concept d’un judaïsme laïc n’existant pas, ces hommes ne pouvaient avoir d’existence. Où en est-on aujourd’hui ? Les traditionalistes pensent qu’un juif qui prend ses distances avec la tradition s’en exclut. Peut-il y avoir un judaïsme laïc, corps vivant àl’ensemble d’expériences et possédant une signification historique considérable.

.

Judéité et athéisme de Freud

Freud a baigné dans un milieu juif (Bnai Brith ou Université Hébraïque de Jérusalem, nourri de Bible) et s’est montré « solidaire de son peuple, juif infidèle car étranger àla foi de ses pères ». Mais, ne pouvant concevoir un judaïsme athée, il ne pouvait que difficilement se concevoir comme juif laïc.

Pensant avoir changé la condition de l’Homme, en lui révélant qu’il n’était pas maître de lui-même, il se comparait àCopernic, et la Terre plus centre du monde ou àMoïse qui avait bouleversé la condition humaine avec la Loi éthique. Tenter de démontrer, comme le fait Freud, que Moïse n’était pas Juif mais égyptien, c’était donc inconsciemment, essayer de nier sa propre filiation juive. (NDLR : Qu’il n’aura pas su transmettre àsa famille ou ses lecteurs, y compris celles de la Tradition, dans lesquelles puiser).

.

Identité juive - Altérité - Ethique

Un des aspects les plus passionnants du judaïsme contemporain est sa complexité, son éclatement en diverses modalités historiques, géographiques, linguistiques, religieux, nationaux ou ethniques, culturels et éthiques, qui s’entrenouent ! La force du lien àla collectivité qui dans le judaïsme traditionnel, àl’occasion des fêtes et rites, est constamment renouvelée met en jeu pour lui, l’altérité et l’éthique, la mémoire et l’histoire (NDLR : on revient àl’importance du rituel pour véhiculer l’éthique)

Dans le judaïsme, la foi est souvent réduite au profit de la loi et de la relation éthique. Un récit kabbaliste de la création du monde dit que pour créer le monde, D.ieu qui l’emplissait a dà» se retirer d’une partie de celui-ci (’Tsim-Tsoum’). L’homme, bien qu’àl’image de D. est donc fondamentalement autre ; sa mise àl’épreuve se fait par son rapport àl’autre homme et non, comme dans la culture grecque, dans la gestion du rapport aux d.ieux. Levinas va jusqu’àénoncer « le visage de D. ieu apparaît dans l’amour du prochain  ».

Le judaïsme est donc un humanisme, àl’intérieur duquel l’individu trouve sa place dans le groupe éclairé par la loi et la mémoire. Aspect séculier qui peut éclairer comment le lien social tisse l’univers symbolique et l’inscrit dans la filiation. (NDLR : comme Lévinas, on insiste sur Loi juive et Mémoire juive des Textes...)

.

Mémoire

Mémoire de la "révélation"et des textes sacrés et des origines, des évènements, des traumas individuels et collectifs. Lors de la Pâque juive, on lit au Seder, le récit de la sortie d’Egypte, évènement inaugural de l’histoire collective juive : " chacun doit se considérer comme s’il était lui-même sorti d’Egypte", et revit son propre mythe d’origine.

Voilàun exemple de mémoire vivante où il y a intrication de l’individuel et du collectif. Ne peut-on pas dépasser le strict contexte religieux et étendre l’injonction hors du cadre religieux, tout en montrant ce lien symbolique de l’individu àla collectivité ? "Tu n’opprimeras

pas et ne molesteras pas l’étranger car vous avez été étrangers en terre d’Egypte" (Exode). L’éthique et la loi, telle que les institue le judaïsme , sont fondées sur cette mémoire biblique, dans l’identité contemporaine, la connaissance et l’expérience historique, ne prennent-ils pas le pas sur l’injonction religieuse de se souvenir ? (NDLR : peut être et c’est un problème mais néanmoins on a besoin des fêtes juives, des textes sacrés et on s’y réfère. Comme le Racha -l’enfant dit mauvais- est néanmoins présent àla Table juive dans le récit juif pascal).

.

Sacralisation des textes

Le judaïsme officiel s’est rigidifié, suivant un processus décrit par Marcel Gauchet « le système de l’antériorité radicale du principe de tout ordre, est un système de la dépossession, de l’héritage et de l’immuable. Rien de ce qui nous tient, n’est de nous, mais d’autres que nous, qui l’établirent en des temps autres, dont nous n’avons qu’àpréserver le leg intangible et qu’àrépéter la leçon sacrée. Les événements fondateurs sont destinés àse perpétuer dans des rituels qui les font revivre, la piété filiale commandant la reproduction de leur héritage àl’identique ».

Plus l’histoire avance, plus nous sommes censés être loin de la révélation où cette vérité pouvait être saisie. Ce principe structure la tradition juive : les Maîtres suivants ne peuvent changer ce que les précédents ont dit dans la chaîne de transmission codifiée de la Thora orale àpartir du texte écrit (Thora écrite). Pareille évolution aurait pour effet de déposséder l’individu de sa capacité àatteindre la vérité, au profit des dépositaires codifiés des textes. Ceux qui s’éloignent de cette tradition ont alors un sentiment d’inauthenticité, d’infidélité et cette situation pose des questions sur la filiation et la transmission.

(NDLR sauf qu’àchaque génération doit se répproprier les textes en actualisant leurs significations et faire évoluer la Loi en fonction des contextes)

.

Besoin de renouvellement

Au moment même où les juifs, dans leur grande majorité, ont cessé d’être religieux et de vivre en communautés, on constate une sacralisation :

- de la Shoah, comme si le destin juif ne pouvait s’identifier qu’àson martyr qui en décuplerait la force du lien social

- de l’Etat d’Israë l, qui sert aussi d’appui identificateur au judaïsme moderne.

On constate que les mythes juifs souvent ossifiés et pas vraiment revisités ne fonctionnent plus comme normes de vérité mais comme supports du lien social. (NDLR comme pour toute civilisation ; en France 1789, le Drapeau français)

On doit donc pratiquer un retour subversif aux textes fondateurs juifs, ce qui en implique cependant une vraie connaissance (NDLR on est bien d’accord !). Seule une approche renouvelée des textes peut fournir àla religion sa place dans un judaïsme laïc créateur de nouveaux contenus. (NDLR c’est, comme l’expliquent Levinas et le Grand Rabbin Bernheim, ce que préconise la religion juive)