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Le dernier cri en matière d’antisémitisme. Un épithète est crié àla figure d’Israë l dans le but de rendre la haine des juifs respectable.
Water Reich - Los Angeles Times - traduction CID
Article mis en ligne le 3 juin 2004
dernière modification le 6 juin 2004

Des génocides abjectes continuent àse produire sur la planète. Tout comme des massacres de civils àgrande échelle et autres exécutions brutales.
Pourtant l’épithète le plus abjecte dans toutes les langues du monde -"Nazi"Ëœ n’est pas attribué aux auteurs de ces crimes mais, uniquement et systématiquement, crié àla figure d’Israë l.

Ce n’est pas comme si les vrais horreurs étaient difficiles àtrouver. Pour trouver une campagne génocidaire organisée par un état, allez au Soudan, où les troupes du gouvernement arabe musulman de Khartoum, et les milices arabes armées par ce dernier, attaquent systématiquement des tribus noires. Des milliers de personnes ont été assassinées et un million chassés de leurs foyers par des agressions méthodiques : bombardement de villages, exécutions d’hommes, de femmes et d’enfants, viols àgrande échelle et privation forcée de nourriture et d’eau. Pourtant le mot "Nazi" n’est pas utilisé contre les autorités soudanaises que ce soit par les pays arabes ou tout autres pays, tout comme ce mot ne fut pas utilisé contre les autorités Hutus rwandaises qui ont organisé le génocide d’environ 800.000 Tutsis.

Les massacres délibérés de civils sont encore plus faciles àtrouver. Ces trois dernières années dans les rues d’Israë l, de nombreux autobus, cafés et restaurants ont été transformés en chambres àexplosion par les organisations palestiniennes dont le but déclaré est d’éradiquer Israel et de vider la région des juifs. C’est ainsi qu’ils ont systématiquement tué une douzaine d’israéliens par-ci, deux douzaines par-là, disloquant et projetant bras, jambes, poumons, foies, cervelles et lambeaux de peau et de muscles sur tous les trottoirs d’Israë l. Et au World Trade Center àNew York le 11 septembre 2001, autant d’innocents ont été assassinés en quelques minutes qu’en un jour de chambre àgaz àAuschwitz. Toutes ces actions, bien qu’elles ne justifient pas le terme "Nazi," sont des actes délibérés de massacres de civils par des organisations ayant un programme ouvertement déclaré de meurtre de masse. Pourtant l’épithète "Nazi" n’a été àaucun moment utilisé contre les organisateurs de ces massacres ou de quel qu’autre atrocité dans le monde.

Le mot "Nazi" est cependant régulièrement crié àla figure d’Israel, bien que la politique de ce pays est d’éviter de tuer des civils palestiniens. Il est crié, d’abord et avant tout, par les Palestiniens et leurs alliés arabes et musulmans. Il est crié ensuite par les détracteurs européen d’Israel. "Ce qui arrive àRamallah," disait en 2002 Jose Saramago, lauréat portugais du prix Nobel de littérature, "est un crime qui peut être comparé àAuschwitz." Les habitants juifs de la rive occidentale, disait l’année suivante Tom Paulin poète d’Oxford, "devraient être fusillés. Je pense que ce sont des Nazis, des racistes. Je n’éprouve que de la haine pour eux." La même année, l’écrivain irlandais Tom McGurk approuvait la comparaison entre l’offensive israélienne contre Jénin et la destruction par les Nazis du ghetto de Varsovie. "Comme il est extraordinaire," écrivait-il," que tant de gens dans les démocraties libé-rales occidentales se sentent si étrangement le souffle coupé, si émotionnel-lement pris àla gorge en face de la barbarie de type nazi de l’état d’Israel contre les Palestiniens."

La raison pour laquelle les Palestiniens appellent les israéliens "nazis" n’est pas difficile àcomprendre. C’est une accusation féconde àemployer en toutes occasions contre un pays qui a lui-même émergé des cendres de l’Holocauste et qui reçu sa légitimité de la communauté internationale en 1948 en partie àcause de cette catastrophe. Si le mot "Nazi" peut être attaché àce pays avec succès, alors sont droit àl’existence peut être mis en question.

Quant àsavoir pourquoi des non-Palestiniens dirigent cette accusation contre Israel plutôt que contre d’autres cibles est plus complexe. Certains essaient simplement d’utiliser l’arme verbale la plus dévastatrice possible dans leur guerre contre l’état juif. Mais d’autres sont des antisémites qui ont enfin trouvé le stratagème qui les libère des restrictions en place depuis 60 ans. Pendant les six décennies qui ont suivi l’Holocauste, l’antisémitisme était vu comme la cause ayant mené au pire génocide dans l’histoire humaine. Il n’était pas possible d’être antisémite en bonne compagnie.Les années passant, certains antisémites essayèrent de rompre l’interdit en déclarant que l’Holocauste n’avait jamais eu lieu Ëœ car enfin s’il n’a jamais eu lieu ou a été exagéré alors l’antisémitisme est faussement accusé d’avoir été une idéologie génoci-daire et peut ànouveau être réintégré dans l’espace des discours acceptables. Pourtant le négationnisme n’a jamais réussi àatteindre une large crédibilité en occident, étant donné la montagne de preuves.

Mais si le public pouvait être convaincu qu’Israë l ne vaut pas mieux que l’Allemagne nazie,alors les antisémites blanchis pourraient enfin revenir aux affaires. Voir même, si le public en venait àvoir Israë l comme s’étant engagé dans une attitude de type nazi, il pourrait en conclure que l’état juif est en fait pire que l’Allemagne nazie.Quand nous entendons l’épithète "Nazi" réservé aux israéliens seuls, sachons en décrypter les tenants et aboutissants. C’est tantôt une arme de guerre tantôt une tentative de réhabiliter l’antisémitisme voilàpourquoi ce mot est utilisé uniquement contre Israë l et non contre les pays et groupes réellement coupables de génocides et de meurtres de masse.

Walter Reich est psychiatre et professeur de relation internationale, éthique et comportement humain àGeorge Washington University.