Etgar Kéret – Haaretz
Ehud Barak s’exprime ce soir devant le Conseil pour la paix et la sécurité. La salle est remplie d’anciens de l’armée, du Shabak et du Mossad ou, comme l’a résumé un des journalistes, « de grands pontes des services de sécurité à travers les âges. Ces gens là nous ont mené de désastre en désastre  ».
Barak dit à l’assistance ce qu’il a sà »rement déjà dit à Netanyahu : Du point de vue d’Israë l, ce serait une erreur d’être ceux qui empêchent Barack Obama d’essayer de mettre de l’ordre au Proche-Orient. Netanyahu a-t-il entendu et a-t-il été convaincu ? Nous le saurons dimanche prochain.
Ehud Barak parle de la nécessité d’une solution. Si nous ne nous séparons pas en deux Etats, dit-il, nous nous retrouverons soit sous un régime d’apartheid, soit dans un pays où nous serons une minorité. Mais il ajoute immédiatement que cela fait des années que nous tentons de parvenir à un tel accord et qu’à chaque fois nous échouons à cause de l’autre camp. L’accord auquel il faut aspirer est un accord définitif, que l’on ne peut renégocier, ajoute-t-il. Mais il souligne alors que chez nos voisins, rien n’est définitif et que la situation peut se détériorer en un instant à cause d’un bulletin de vote ou d’un doigt sur la gâchette.
Son discours est rationnel, argumenté, précis. Le texte est pragmatique, mais ce qui se cache sous le texte est franchement désespérant : Nous ne pouvons pas survivre sans accord, mais il n’y a personne avec qui signer cet accord. Il faut essayer mais, entre nous, ça ne marchera pas. Le mot « occasion  » est prononcé à plusieurs reprises mais est à chaque fois suivi d’une sorte de soupir abattu. Etre un pessimiste de droite, c’est une carrière, mais être pessimiste et diriger un parti de gauche, ce n’est pas une expérience agréable.
Savez vous ce que Binyamin Netanyahu va dire ce dimanche ?
Je l’ignore. J’ai des suppositions, mais pas plus. Les débats que mène le Premier ministre sont de véritables débats. Parmi les personnes qui y participent, certaines sont connues pour les déclarations emphatiques qu’ils font au dehors mais, en fin de compte, quand on se retrouve assis dans la pièce, ce qui compte c’est ce qu’il convient de faire pour le pays et non ce que nous avons imaginé, ce que nous avons rêvé ou ce qui émane de notre idéologie. Ce gouvernement vous surprendra.
Pensez-vous qu’il dira qu’il aspire à deux Etats pour deux peuples ?
Tout le débat auquel nous assistons aujourd’hui concernant les deux Etats pour les deux peuples a pour origine une requête lors de la campagne électorale. Kadima a réclamé du Likoud qu’il le dise, le Likoud n’a pas voulu le dire et je pense que l’on en a fait quelque chose de disproportionné. A partir du moment où le gouvernement reconnaît tous les accords précédemment conclus, cela inclut la Feuille de route.
Et dans la Feuille de route, le principe de deux Etats est explicitement mentionné. On ne peut rien y faire. Et ce n’est pas une mauvaise chose. Il est vrai que, maintenant que le Hamas est au pouvoir, la Feuille de route doit être modifiée. Mais cet base demeure et c’est pourquoi j’estime que la réticence à en parler n’est pas une question de principe. Notre peuple vit dans l’Etat d’Israë l. L’autre peuple, où vit-il ? dans une cage ? dans une prison ? une piscine ? Il vit dans son Etat. Je ne pense pas qu’il y ait de véritable controverse à ce sujet.