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Mythes de l’alliance entre l’Amérique et Israël
By ELIAS LEVY, Reporter | The Canadian Jewish News
Article mis en ligne le 25 mars 2009

Les ventes d’armes américaines vers les pays musulmans du Moyen-Orient sont quatre fois plus élevées que vers Israël, rappelle l’essayiste français Armand Laferrère dans un petit livre brillant et fort salutaire, où il s’emploie à mettre en charpie une litanie de préjugés tenaces ressassés par les hérauts de l’antiaméricanisme -L’Amérique est-elle une menace pour le monde ? (Éditions JC Lattès, 2008)-.

Dans un chapitre intitulé “Les États-Unis menacent la paix du Moyen-Orient par leur soutien inconditionnel àIsraë l†, l’auteur réfute avec perspicacité les préjugés et les allégations réductrices entourant la relation entre Israë l et l’Amérique.

Les alliances musulmanes représentent aujourd’hui pour les États-Unis un enjeu bien plus important en quantité que leur alliance avec Israë l. D’après l’Institut suédois international de Recherche sur la Paix (S.I.P.R.I.), une organisation pacifiste, le total des transferts d’armes américaines vers neuf pays du Moyen-Orient (Bahrein, Égypte, Jordanie, Koweit, Oman, Pakistan, Arabie Saoudite, Turquie et Émirats Arabes Unis) a représenté 20,8 milliards de dollars entre 1997 et 2006, contre 5,6 milliards de dollars pour Israë l. Deux pays, l’Égypte et la Turquie, ont chacun reçu davantage d’armes américaines qu’Israë l.

“Ces chiffres semblent assez difficilement conciliables avec l’idée d’une Amérique foncièrement hostile àl’Islam†, souligne Armand Laferrère.

D’après ce fin connaisseur des États-Unis et des relations internationales, élément parmi d’autres de la politique américaine d’influence au Moyen-Orient, l’alliance entre Washington et Jérusalem n’y joue pas un rôle essentiellement différent des alliances que l’Amérique a scellées avec les pays musulmans.

“Les États-Unis vendent des armes àl’État d’Israë l et lui fournissent une assistance militaire. Cette coopération militaire contribue àgarantir la survie d’Israë l malgré l’hostilité de ses voisins -une survie dont on peut difficilement contester, sauf àdonner aux mots le contraire de leur sens, qu’elle contribue àla stabilité du Moyen-Orient. En échange, l’Amérique obtient d’Israë l des renseignements sur la région. Enfin, pour ne pas déstabiliser la région, les États-Unis incitent régulièrement l’État juif àune politique aussi conciliante que possible envers ses voisins†, explique Armand Laferrère.

D’après l’auteur, pour les États-Unis, une politique de stabilité au Moyen-Orient ne peut donc pas simplement exiger toujours plus de concessions de la part d’Israë l. Elle doit àla fois chercher l’apaisement des tensions présentes et garantir une paix futur àtous les pays de la région, en combinant partage des terres et arrangement de sécurité.

“La mise en oeuvre d’une telle combinaison est extrêmement compliquée, car les deux objectifs sont largement contradictoires : lorsqu’une terre est transférée aux Palestiniens, qui garantit qu’elle ne sera pas utilisée pour une nouvelle guerre contre l’État d’Israë l ? Il n’y a donc rien d’étonnant àce que le conflit israélo-palestinien se prolonge. Ce n’est pas le signe d’une partialité américaine : c’est simplement la preuve qu’il n’y a pas de moyens simples pour stabiliser le Moyen-Orient.â€

Selon Armand Laferrère, les objectifs de l’alliance avec Israë l -maintien de l’influence américaine et stabilité régionale- ne sont pas différents de ceux des autres alliances américaines au Moyen-Orient.

“Et pourtant, parmi les alliés des États-Unis, Israë l occupe une place àpart dans le coeur des Américains.â€

Parmi tous les alliés des États-Unis, ajoute-t-il, Israë l est celui qui a montré la solidarité la plus indiscutable avec l’Amérique.

“Les autres alliés ont souvent des opinions publiques plus ou moins hostiles aux États-Unis. Il arrive que leurs gouvernants encouragent activement l’amériphobie. C’est très fréquent dans le monde arabe mais aussi, àl’occasion, en Europe et en Asie, écrit-il. L’opinion publique israélienne, au contraire, est aussi massivement pro-américaine que l’opinion américaine est pro-israélienne. Pour ne prendre qu’un exemple, après les attentats du 11 septembre 2001, les populations “alliées†des pays arabes ont manifesté soit de l’indifférence, soit de la joie. Les Israéliens, eux, ont multiplié les signes de sympathie àl’endroit des Américains. En Israë l, les États-Unis savent qu’ils n’ont pas seulement un allié mais un ami.â€

Israéliens et Américains ne se contentent pas d’avoir un passé similaire : ils ont construit des sociétés fondées sur les mêmes valeurs, rappelle Armand Laferrère.

“Israë l, comme l’Amérique, est une démocratie profondément attachée àla liberté de parole, àl’État de droit, àl’égalité des individus et àl’égalité des sexes. Cette communauté de valeurs et de mode de vie permet àl’alliance israélo-américaine d’être plus qu’un arrangement de pouvoir : une vraie fraternité.â€

“Ces raisons expliquent pourquoi, alors même que la politique étrangère des États-Unis ne distingue pas Israë l des autres alliances américaines du Moyen-Orient, l’État juif a une place privilégiée parmi les alliés de l’Amérique†, conclut Armand Laferrère.