Ce site est généralement centré sur les questions du Moyen-Orient et, à ce titre, nous avons déjà « épinglé  » le Pape à deux reprises en raison soit de silences ou de mots malheureux à propos du conflit du Moyen-Orient (Benoît XVI : après un silence regrettable, un mot malheureux), soit d’une prise de position contestable, lors de l’intervention israélienne au Liban, en 2006 (Le Vatican à côté de la plaque)
Les autorités israéliennes ne lui en n’ont pas tenu rigueur, puisqu’elles préparent sa visite, au mois de mai prochain.
Mais, les Juifs de la Diaspora, qui ont, dans l’ensemble, mal ressenti ce que nous nous contenterons de qualifier de maladresses, peuvent être de plus en plus inquiets du fait de l’accumulation d’initiatives par le Pape lui-même, voire de déclarations faites dans son entourage.
Ces initiatives, dont le moins que l’on puisse dire c’est qu’elles témoignent d’un manque de considération à l’égard des Juifs renforcent l’impression qu’ils peuvent avoir d’une méconnaissance de Benoît XVI des préoccupations des Juifs en général et de leur attachement sentimental à Israë l, en particulier.
Et une visite dans une synagogue de New York, lors de son premier voyage aux Etats-Unis, au printemps dernier, venant après celle de Cologne, en 2005, qui manifestent, certes, un souci de poursuivre le rapprochement entre Juifs et Catholiques, entrepris par ses prédécesseurs ne suffit pas à dissiper le malaise provoqué par d’autres initiatives.
Nous commencerons par ce que l’équipe éditoriale du journal Le Monde a qualifié de « pardon contestable  », dans son numéro daté du 24 janvier, à la suite de la décision prise par Benoît XVI de « réhabiliter  », en levant l’excommunication qui pesait sur eux, quatre évêques intégristes.
Loin de nous la prétention de porter un jugement quelconque sur la volonté de réconciliation, au sein de l’Eglise catholique, que Benoît XVI a manifestée dès son accession au pontificat.
Mais, les Juifs sont en droit de s’estimer choqués lorsque le Pape fait bénéficier de sa mansuétude Mgr Richard Williamson qui, comme l’a rapporté le journal italien Il Giornal e, auquel se réfère Le Monde , venait de déclarer, la veille, à la télévision publique suédoise : « Je crois qu’il n’y a pas eu de chambres à gaz. Je pense que 200 000 à 300 000 juifs ont péri dans les camps de concentration, mais pas un seul dans les chambres à gaz  ».
On ne peut pas être plus négationniste.
Et si telles déclarations bénéficient de l’absolution papale, Faurisson serait en droit de demander la révision des procès qui l’ont condamné pour de tels propos.
Certes, la France est un pays laïc, mais on peut toujours plaider qu’une indulgence pontificale constitue une circonstance atténuante.
Le geste de Benoît XVI à l’égard d’évêques intégristes vient, par ailleurs, comme le rappelle Le Monde , après le motu proprio de juillet 2007 autorisant la célébration de la messe en latin selon le rite dit de « saint Pie V  », antérieur à Vatican II. Et, depuis, dans tous les diocèses de France d’ailleurs, une messe en latin a été officialisée.
Ici, encore, il n’est pas question de s’immiscer dans le déroulement formel de la messe, mais les Juifs sont en droit de se considérer comme choqués, le cas échéant, par son contenu.
Or, tel est bien le cas, s’agissant de la « réhabilitation  » de la messe en latin.
Certes, il n’a pas été question de rétablir la formule odieuse figurant dans la messe du vendredi-saint, évoquant « les juifs perfides  », mais le texte latin contient une formule appelant, incontestablement, à la « conversion  » des juifs, même si ce terme n’y figure pas. De fait, c’est pourtant bien de cela qu’il s’agit, puisque les catholiques sont appelés à prier « afin que D-ieu illumine le cÅ“ur des Juifs et qu’ils connaissent Jésus-Christ, sauveur de tous les hommes  ».
Ce texte a été introduit en février 2008, en supprimant – heureusement – la supplique à D-ieu de « soustraire le peuple juif de ses ténèbres  » et de l’ « aveuglement  ».
Mais, ce texte demeure toujours aussi choquant pour les Juifs. Or, comme le rappelait une dépêche de l’AFP, rapportée ici même le 8 mars 2008, le Pape n’a pas l’intention de modifier cette prière. « Elle est tout à fait correcte sur le plan théologique. C’est simplement difficile pour les Juifs de l’accepter  » déclarait un cardinal allemand, président du Conseil pontifical pour l’Unité des chrétiens. (voir : [1])
Au moins ce prélat avait-il l’air de comprendre la position des Juifs.
On ne peut en dire autant du cardinal Martino Marini, président du Conseil pontifical pour la Justice et la Paix – en quelque sorte le ministre de la Justice du Vatican – qui se hasarda, il y a quelques jours à comparer la situation à Gaza avec celle d’un camp de concentration.
Il ne semble pas que cette déclaration scandaleuse ait tellement retenu l’attention, à la différence de la réaction consécutive à une déclaration de Le Pen dans le même sens.
Pourquoi cette indifférence dans un cas et pas dans l’autre ?
Le fait que tout récemment un universitaire juif américain, devenu « expert  » des Nations Unies pour les droits de l’homme dans les territoires et dont nous avons déjà relevé certaines élucubrations (Quand on réécrit le droit aux Nations Unies) soit allé ,jusqu’à comparer Gaza au ghetto de Varsovie ne constitue pas un encouragement.
L’histoire et l’actualité fourmillent d’exemples de Juifs, qui témoignent d’une « haine de soi  », mais ils n’engagent qu’eux mêmes, alors qu’un prince de l’Eglise……