Bandeau
DESINFOS.COM
Slogan du site

Depuis Septembre 2000, DESINFOS.com est libre d’accès et gratuit
pour vous donner une véritable information indépendante sur Israël

Syrie, Liban et Israë l
par David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international
Article mis en ligne le 18 août 2008

L’établissement de relations diplomatiques entre la Syrie et le Liban a été, une nouvelle fois annoncée, àl’occasion de la récente visite du nouveau président libanais Sleimane àDamas. De fait, ce n’est pas une véritable surprise, puisque la fin d’une situation tout àfait insolite entre deux pays arabes voisins avait déjàété évoquée, le 13 juillet, lors du sommet de l’Union pour la Méditerranée et dans le passé les autorités syriennes avaient, aussi, parfois, évoqué cet établissement.

Il s’agit, en effet, d’un acte tout àfait ordinaire dans la société internationale.

Quand deux Etats se reconnaissent, il est normal qu’ils entretiennent des relations diplomatiques.

Or, précisément, la situation entre la Syrie et le Liban était tout àfait « hors normes  ».

Autrefois possessions de l’Empire ottoman, ces deux entités (le Liban étant, pour la circonstance, constituée en tant que tel) avaient été, au lendemain de la première guerre mondiale, placés sous mandat de la France (de la même façon que la « Palestine  », également, constituée en entité pour l’occasion avait été placée sous mandat britannique).

A l’automne 1941 ces deux territoires passés sous l’autorité de la France Libre accèdent, nominalement, àl’indépendance. Mais, celle-ci ne sera effective qu’àla fin de la guerre.

Toutefois, la Syrie refusa de reconnaître le Liban, considérant que ses éléments composants faisaient partie de ce qu’il était convenu d’appeler la « Grande Syrie  », àl’époque de l’Empire ottoman.

Sans pour autant entreprendre de « reconquérir  » des territoires, considérés comme perdus, la Syrie entretint pendant des décennies une attitude ambiguë Ã l’égard de son voisin.

Tout en maintenant son opposition àla reconnaissance de l’indépendance du Liban, la Syrie n’a, pratiquement, mis fin àcette attitude qu’en mai 1991 en signant un traité de fraternité et de coopération.

Le fait que la Syrie ait été appelée en 1976 par le président libanais (traditionnellement un chrétien maronite) pour porter secours àla communauté chrétienne, menacée d’écrasement par le camp dit « islamo-progressiste  » et la présence des troupes syriennes en quelque sorte légalisée par l’accord dit de Taë f, de 1989, conclu dans le cadre de la Ligue arabe, en vue de mettre fin àla guerre civile au Liban, n’avaient mis qu’une sourdine aux prétentions syriennes sur le territoire libanais

Et, en dépit de plusieurs appels du Conseil de sécurité des Nations Unies, la Syrie n’accepta de retirer ses troupes qu’au printemps 2005, tout en continuant às’immiscer dans la vie politique libanaise comme l’attestait, encore, récemment, la difficulté pour le Liban de se doter d’un nouveau président, la Syrie étant soucieuse de ne pas voir un opposant àelle succéder au président complaisant Lahoud.

Et ne parlons pas des conditions dans lesquelles le président du conseil de l’époque Hariri a été assassiné, il y a quelques années. Le procès international qui devrait, non sans mal, s’ouvrir dans quelques mois, apportera certainement des détails éclairants sur l’implication de la Syrie dans cet assassinat.

Mais, l’établissement de relations diplomatiques entre les deux pays ne règle pas pour autant leur contentieux, notamment en ce qui concerne leurs frontières.

Car, ainsi que nous l’avons déjàindiqué àplusieurs reprises, ici même, la délimitation des frontières est un facteur de paix et de sécurité, dans la mesure où elles indiquent les limites des compétences réciproques de deux Etats.

Et c’est làque la question d’Israë l intervient.

Rappelons qu’àla différence de la situation avec l’Egypte et avec la Jordanie il n’existe pas de traité de paix avec ces deux pays.

Leurs rapports restent régis par l’accord d’armistice signé en 1949.

Un projet de traité de paix israélo-libanais signé, en 1982, par le président Bechir Gemayel ne fut jamais ratifié, au lendemain de son assassinat. La Syrie se manifesta, bien évidemment, contre ce projet qui prévoyait l’évacuation de toutes les troupes étrangères, donc également syriennes.

Et avec la Syrie, on n’en est toujours qu’àdes pourparlers indirects, entamés périodiquement et qui butent toujours sur la question du Golan, alors qu’il n’y a pas de contentieux territorial, àproprement parler, avec le Liban, mis àpart la question dite des « fermes de Chebaa  », qu’Israë l occupe, mais en tant que territoire syrien.

Or, àdifférentes reprises, également, y compris devant le Conseil de sécurité, les Libanais ont déclaré que la Syrie, si elle reconnaît désormais que les fermes de Chebaa font partie du Liban, refuse de signer les documents nécessaires pour le transfert de ce territoire de 42 kilomètres carrés au Liban, afin que les Nations Unies le reconnaissent comme tel.

Et, il y a quelques jours àpeine, le ministre syrien des affaires étrangères a répété qu’il était hors de question de délimiter la frontière dans la zone des fermes de Chebaa, aussi longtemps qu’elles seraient occupées par Israë l.

C’est évidemment un prétexte, car, au contraire, cette délimitation mettrait, au moins, un terme au faux problème soulevé par le Liban àl’égard d’Israë l, alors que les troupes israéliennes ont, depuis l’été 2000, comme l’ont reconnu les Nations Unies, évacué l’intégralité du territoire libanais.

Et nous avons làune preuve supplémentaire que ce n’est que face àla question d’Israë l que les Etats arabes arrivent àêtre d’accord.