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L’offensive israélienne àRafah, vue par Radio-France Internationale
Valérie Gas - RFI
Article mis en ligne le 18 mai 2004

L’armée israélienne mène depuis plusieurs jours une grande offensive dans la bande de Gaza. Cette opération a été décidée en représailles àdes embuscades menées par des activistes palestiniens qui ont coà»té la vie à13 soldats israéliens la semaine dernière.

Elle est destinée àstopper les trafics d’armes en provenance de l’Egypte voisine en détruisant les habitations qui abritent l’entrée de souterrains par lesquels elles sont acheminées. Mais cette justification ne paraît pas suffisante àla communauté internationale. L’Union européenne, l’Organisation des Nations unies, Amnesty International notamment, ont dénoncé des démolitions qui ont jeté àla rue environ un millier de Palestiniens en quelques jours.

Le bilan de l’intervention menée par Tsahal dans la bande de Gaza est déjàlourd. Treize Palestiniens ont été tués depuis dimanche. La plupart des ces personnes ont été touchées soit lors des raids menés par des hélicoptères israéliens, soit par des échanges de tirs avec les soldats. Mais l’un d’entre eux a, en revanche, été victime de l’explosion d’une bombe qu’il s’apprêtait àposer pour atteindre les militaires israéliens.

Il semble que la majorité des personnes tuées lors de ces affrontements soient des activistes palestiniens membres de groupes armés, notamment du Hamas, du Jihad islamique et des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa.

Depuis l’attaque palestinienne contre un véhicule blindé israélien qui a coà»té la vie àplusieurs soldats, mercredi dernier, 27 Palestiniens ont été tués àRafah.

Et l’opération ne semble pas sur le point de s’interrompre. L’armée israélienne a, en effet, annoncé très clairement ses objectifs. Il s’agit d’empêcher les terroristes d’acheminer des armes, par exemple des roquettes àlongue portée susceptibles d’atteindre les villes israéliennes, en provenance de l’Egypte voisine. Tsahal a affirmé, en effet, avoir découvert dans cette zone depuis le début de l’Intifada en septembre 2000, au moins 80 tunnels destinés àpermettre la contrebande d’armement.

C'est pour cette raison que plusieurs dizaines d'habitations, soupçonnées d'abriter l'entrée de ces conduits souterrains, ont été détruites ces derniers jours par l'armée israélienne, qui justifie cette intervention musclée par la nécessité d'assurer la sécurité de ses soldats en neutralisant les activités des extrémistes palestiniens. .

Un responsable a ainsi indiqué : « Nous ne détruisons que les maisons où se trouvent des entrées de tunnels ou àpartir desquelles des terroristes tirent sur nos soldats » La Cour suprême israélienne a d’ailleurs entendu cet argument en autorisant, le 16 mai, la poursuite des démolitions lorsqu’elles sont justifiées par des impératifs sécuritaires ou des nécessités opérationnelles.

Un canal le long du couloir de « Philadelphie »

La ville de Rafah dans la bande de Gaza, qui est àcheval sur la frontière entre l’Egypte et Israë l, est donc au coeur de cette offensive.

Le camp a été totalement bouclé par des chars, appuyés par des survols d’hélicoptères, de manière àlaisser le champ libre aux bulldozers chargés de raser les maisons. L’Agence des Nations unies pour l’aide aux réfugiés palestiniens (Unrwa) a tiré la sonnette d’alarme dès dimanche en affirmant que cette opération avait déjàeu pour conséquence de jeter environ 1 000 Palestiniens àla rue. L’organisation Amnesty International a, quant àelle, publié un rapport dans lequel elle dénonce la destruction de quelque 3 000 habitations en trois ans et appelle àfaire cesser des actes qui sont « des crimes de guerre ».

Cette situation a d’ailleurs été unanimement dénoncée par la communauté internationale. L’Union européenne a appelé le gouvernement israélien àcesser « immédiatement » les démolitions de maisons palestiniennes et a estimé qu’elles étaient « disproportionnées et contraire au droit international ». Le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, a lui affirmé que son gouvernement était « totalement opposé àcette politique ». Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, a demandé àIsraë l de « cesser immédiatement de tels actes de rétorsion collective ». Même les Etats-Unis ont marqué leur perplexité face àla politique israélienne en demandant àTel Aviv « des informations complémentaires » sur ses plans de destruction. Colin Powell, le secrétaire d’Etat américain, a même affirmé : « Nous sommes opposés àla destruction de maisons. Nous ne pensons pas que cela soit productif ».

Malgré ces appels àla modération et l’annonce du Premier ministre israélien d’un éventuel retrait de la bande de Gaza, l’heure est plutôt au durcissement. Au-delàde l’offensive menée actuellement, Israë l envisagerait, en effet, selon le quotidien Haaretz, d’engager de gigantesques travaux dans cette zone pour creuser une tranchée de 20 mètres de profondeur, 60 à80 mètres de largeur, sur une distance d’environ 15 kilomètres, afin d’empêcher définitivement les passage d’armement par voie souterraine. Ce fossé longerait le couloir dit de « Philadelphie », contrôlé par Israë l àla frontière entre l’Egypte et Gaza. En le remplissant d’eau de mer, les israéliens espéreraient rendre impossible la construction de nouveaux tunnels.

Mais pour réaliser ce plan préparé par les militaires israéliens, de nombreuses autres démolitions et expulsions de familles palestiniennes seraient nécessaires. Après le mur dont la construction a débuté en Cisjordanie, l’annonce de ce nouveau projet de canal de sécurité provoque, alors même qu’il n’a pas été officiellement confirmé, de vives protestations. L’Autorité palestinienne a d’ores et déjàqualifié l’intervention israélienne àGaza de « crime de guerre » et appelé la communauté internationale àintervenir auprès du gouvernement d’Ariel Sharon pour qu’il « y mette fin ».

http://www.rfi.fr/actufr/articles/053/article_28163.asp